
Le passage du prince Charles à Montréal coïncide avec ma lecture du Portrait du colonisé d'Albert Memmi.
Bien entendu, le rôle du monarque du Royaume-Uni (de sa famille et de ses représentants) n'est plus qu'honorifique. Il n'empêche qu'il est aussi symbolique d'un passé pas si lointain.
Encore une fois, on comprendra que la distinction gauche-droite n'est qu'anecdotique dans tout ce processus.
Le sens de la colonisateur aux yeux du colonisateur:
Ayant découvert le profit (le colonisateur), par hasard ou parce qu'il l'avait cherché, le colonisateur n'a pas encore pris conscience, cependant, du rôle historique qui va être le sien. Il lui manque un pas dans la connaissance de sa situation nouvelle: il lui faut comprendre égaleement l'origine et la signification de ce profit. À vrai dire, cela ne tarde guère. Comment pourrait-il longtemps ne pas voir la misère du colonisé et la relation de cette misère à son aisance? Il s'aperçoit que ce profit si facile ne l'est tant que parce qu'il est arraché à d'autres. En bref, il fait deux acquisitions en une: il découvre l'existence du colonisé et du même coup son propre privilège.
La gauche et la colonisation:
Le socialisme s'est voulu, depuis si longtemps déjà, de vocation internationaliste que cette tradition a semblé définitivement liée à sa doctrine, faire partie de ses principes fondamentaux. (...) Lorsque l'URSS, "patrie internationale" du socialisme, se posa en nation - pour des raisons qu'il serait long d'examiner ici -, ses raisons ne parurent guère convaincantes à beaucoup de ses admirateurs les plus dévoués.
Ensuite, Memmi explique le retournement de la gauche, ayant compris que l'identité nationale ne peut être négligée, ne serait-ce que d'un point de vue tactique:
Au lieu de se battre au nom de l'idéologie socialiste contre un danger capitaliste, les partis commnunistes, et une grande partie de la gauche, ont préféré opposer une entité nationale à une autre entité nationale, assimilant assez fâcheusement Américains et captitalistes. De tout cela, il a résulté une gêne certaine dans l'attitude socialiste à l'égard du nationalisme,un flottemment dans l'idéologoie des partis ouvriers.
Lien (discutable mais réel) entre la décolonisation et le nationalisme:
Or , pour de multiples causes, historiques, sociologiques et psychologiques, la lutte des colonisés pour leur libération a pris une physionomie nationale et nationaliste accusée. Si la gauche européenne ne peut qu'approuver, encourager et soutenir cette lutte, comme tout espoir de liberté, elle éprouve une hésitation très profonde, une inquiétude réelle devant la forme nationaliste de ces tentatives de libération.
Mitterand à l'égard du Québec s'est comporté de la même manière.
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Ajout:
Dans le Devoir d'aujourd'hui (article de Burak Akinci), un article sur le plan kurde du gouvernement turque. Il s'agit "d'améliore les droits des Kurdes (minorité intégrée de force dans la Turquie moderne fondé par Mustafa Kemal Atatürk). Il pourrait, selon la presse, envisager l'usage de la langue kurde à l'école dans le secteur de l'éducation, assurer le retour d'Irak des réfugiés kurdes et investir dans le sud-est, majoritairement kurde et défavarisé."
Que comprendre de cette nouvelle approche du gouvernement turque, longtemps connu pour négliger sa minorité kurde? Un brusque revirement de ce genre n'arrive pas spontanément sans des raisons le poussant à agir de la sorte. La communauté kurde, victime de la colonisation de ses territoires, constituait un bassin humain et matériel à exploiter à peu de frais. C'est cela la colonisation.Mais voilà que l'Europe songe à ouvrir ses portes à la Turquie au CEE. Sauf que pour intégrer ce pays dans la danse de la consommation néo-libérale, il doit faire preuve d'une politique d'ouverture envers certaines situations injustes. Il y a d'abord eu des "progrès" réalisés avec l'Arménie, pays victime d'un génocide au début du siècle dernier. Maintenant, c'est au tour des Kurdes de se voir offrir plus de souplesse par le gouvernement central.
Mais cette ouverture ne se fait pas sans grognement de la part des conservateurs turques, dont les nationalistes turques qui voient "l'unité" de la Turquie fragilisée par une telle approche. Quant à la gauche, toujours incompétente en matière d'affirmation des minorités, elle est incapable d'avoir une vision globale de la situation.
Comme quoi, Memmi visait juste quand il parlait des mécanismes profonds de la colonisation. Les mêmes acteurs jouent les mêmes rôles, de sorte qu'on ne peut que voir tout ce théâtre politique qu'avec désillusion et cynisme.
Ça me donne le goût de relire "Les Désenchantés" de l'excellent Pierre Loti. Un roman qui n'a rien à voir avec la politique mais qui est un écho à l'insipidité de cette civilisation marchande se distinguant par son vide exitentiel.
C'était mon éditorial du jour...
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