
La rencontre de l'Homme et de la bûche - la bûche-gâteau, s'entend - se fait habituellement grâce à l'intermédiaire de l'alcool, car il faut être vraiment saoul pour manger une tranche de la bûche classique.
Mais la "faute" a d'abord été commise au moment de l'achat.
- Hummm..., me suis-je dit, je n'ai jamais essayé cette sorte de bûche dont tout le monde parle. C'est cette année ou jamais que je tente le coup!
Après moi, d'autres clients du supermarché ont aussi été tenté d'en faire l'achat, mais ils ont pris la peine de lire quelque chose sur la boîte et, l'homme et la femme, d'un commun accord, se sont dit tacitement "non" à l'offre du fabricant, dont on pouvait y lire que cette bûche était pourtant authentique.
Avec du recul, j'ai compris que c'est le mot authentique qui m'aura fait fléchir... Mais encore...
Hier soir, donc, après le souper et après le bulletin télévisé (juste pour voir comment ce monde s'enfonce lentement dans les profondeurs de la misère), je sors la bûche de sa boîte.
Ça faisait deux jours qu'elle m'attendait dans le réfrigérateur.
J'avais déjà deux bonnes coupes de mousseux derrière la cravate mais j'ai pu encore lire le mode d'emploi:
Conserver au congélateur à -25 C
Keep in the freezer at -25 C
Hé, hé!
D'ouvrir la boîte en carton pourvue d'une fenêtre en plastique - pour voir d'avance la bête "vivante" - fut une opération assez facile. Ce fut par contre plus laborieux de sortir la bûche de son sas - ie le sac de plastique imperméable qui le protège du monde extérieur et des microbes comme la listeria monocytogenes, si jamais la listeria s'attaque à la bûche, ce dont je ne me préoccupais pas sur le moment - cette opération, disais-je, exigeait une plus grande dextérité, faute de quoi la bûche court le risque de se démolir tranquillement sous le regard inquiet du consommateur.
Rendu à cette étape, il me fallait humidifier le palais après autant d'effort, ce qui fut fait en deux bonnes lampées. Il n'était pas dit que j'allais baisser pavillon devant une bûche décongelée...
Voilà que finalement je réussis à déposer une tranche à moitié défaite dans mon assiette, juste à côté de la bouteille cheap de Cordoniu.
- Même devant toi, bouteille de mousseux ordinaire, j'ai honte de m'attaquer à une telle bûche.
Rien de moins qu'un aveu délibéré.
C'était d'autant plus vrai que je venais de remarquer une étrange flaque sirupeuse au fond du bac de plastique où reposait, un peu plus tôt, la bûche dans sa totalité. Mais alors, comment décrire cette mare d'une couleur indescriptible traversée d'une étrange vie interne, probablement reliée à un mouvement brownien unique, cela dépasse l'imagination.
La bûche était de toute évidence trop décongelée depuis trop longtemps et elle avait commencé à se découvrir une vie autonome. Quoi qu'il en soit, la tranche avec son air résignée était maintenant dans l'assiette. Et avec l'aide de deux autres bonnes gorgées, la tranche allait passer à l'histoire. Suffisait de ne pas regarder la flaque dans le bac.
Je ne pris pas grand temps pour rapidement comprendre que le goût était déplorable et que même si j'avais eu deux autres bouteilles à portée de main, c'était inutile de s'entêter à poursuivre l'expérience. C'était dégueulasse de gras trans et de sucre hyper-concentré, de quoi se demander d'où venait cette réputation surfaite de l'entreprise responsable de la fabrication d'une telle bûche, une bûche vouée à la honte, rien de moins.
Je m'empressai donc de jeter le contenu de mon assiette dans la poubelle de la cuisine. Et le reste de la bûche par le fait même. Et, par la même occasion, de prendre une photo pour immortaliser la bête, bien que même sans photo, la "chose" pourrait rester intacte pour des siècles et des siècles, tant sa composition chimique lui assure une survie éternelle.
Voici, en guise de conclusion, la valeur nutritive de la bûche. De quoi faire réfléchir, ce qu'avait sans doute fait le couple en question avant de prendre une décision...

Le 4% de fibres, c'est probablement qu'ils tiennent compte de la boîte en carton...
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